QUARANTE ANS PLUS TARD…
Défis de notre époque
et début d’un interculturalisme alternatif:
Quarante ans, voilà tout un exploit de longévité
pour une organisation de base! Chaque décennie a été
marquée par un nouveau départ. Telle est la tradition
de l’IIM, constamment soutenue par l’intuition originaire
du pluralisme de la réalité et du monde et de l’impératif
interculturel; une tradition d’adaptation et d’ajustement
aux tendances mouvantes et aux besoins de notre environnement social,
politique et culturel; une tradition consistant à relever
des défis liés aux puissances de la globalisation.
Afin de donner un bon éclairage de la vision de l’interculturalité
et des pratiques de l’IIM, nous allons dresser un portrait
de l’environnement social, culturel et politique de chacune
des quatre décennies de son existence.
Tout avait commencé avec le contexte historique, socioculturel
et religieux du Québec et du Canada. Le rôle de l’église
catholique et son influence sur la société et le peuple
du Québec pendant les années soixante, les rapports
historiquement conflictuels entre les Anglais et les Français
(les Deux solitudes, comme on les appelait), la sujétion
des peuples autochtones, les vagues d’immigration européenne
et non européenne à l’origine de la diversité
raciale, culturelle et religieuse de la population de ce pays, etc.
tout cela a généré le contexte particulier
dans lequel ont évolué notre pensée et notre
action.
De la fin des années 70 à ce jour, l’implication
significative de l’État, du gouvernement et des institutions
publiques dans le champ de la diversité culturelle et des
relations interculturelles a imprimé une autre dynamique
à notre travail. Les politiques gouvernementales du Multiculturalisme
(Canada) et de l’Interculturalisme (Québec), la Loi
101 sur la langue française au Québec, les politiques
relatives aux nations autochtones et leur mouvement de renaissance
culturelle et d’autodétermination, l’augmentation
et la politisation des relations interethniques et raciales, etc.
ont conduit l’IIM à articuler une vision alternative
des pratiques interculturelles.
Bien que la dimension internationale soit déjà présente
dans notre vision et dans notre action, c’est à partir
des années 80 que le contexte international est devenu le
fondement du cadre de compréhension de notre philosophie
et de nos pratiques interculturelles en élaboration. Il nous
est alors apparu comme crucial, dans notre effort de théorisation
de l’interculturalité, d’impliquer désormais
les enjeux internationaux dans tous les enjeux interculturels. En
effet, nous nous sommes rendus compte de l’extrême importance
de clarifier la nature des conflits culturels et de la distance
culturelle, en tant que facteurs déterminant dans les relations
et les études interculturelles. Ces deux facteurs deviennent
plus complexes, sur le plan de l’histoire, du fait de la colonisation
et à travers la stratification des cultures du Nord et du
Sud sur l’échelle des cultures moderne/non moderne
ou civilisée/primitives. Bien plus, les champs d’activités
comme le développement international et la coopération,
les droits de l’homme, l’aide internationale, la globalisation
et ainsi de suite devraient être abordés à partir
d’une perspective interculturelle, si on veut dégager
des leçons importantes pour la formulation d’une philosophie
et d’une théorie interculturelles.
Les années 90 ont été marquées par
deux tendances parallèles. D’une part, les gouvernements
et les institutions – particulièrement de l’éducation,
de la santé et des services sociaux – ainsi que les
différentes disciplines universitaires ont introduit les
relations interculturelles et interethniques et les questions relatives
à l’immigration dans leurs programmes. D’autre
part, beaucoup de particuliers ont également initié
des programmes de formation en communication interculturelle et
en gestion de la diversité à l’intention des
institutions, des entreprises, des industries, etc. De telle sorte
qu’un nouveau marché est né, basé sur
les principes de compétition et de publicité. Ce faisant,
une toute autre page d’histoire vient de débuter sur
le champ des études et de l’action interculturelles,
page dans laquelle le travail pionnier du secteur non-institutionnel
ou communautaire (longtemps en avance sur le secteur formel) n’a
plus de place.
À l’IIM, il nous appartient de trouver de nouvelles
façons de faire pour poursuivre notre travail sans nous laisser
récupérer par le système dominant mais en maintenant
notre propre identité. Cela n’est possible que si nous
mettons l’accent sur l’articulation, dans notre discours
et dans notre action, d’un pluralisme et d’un interculturalisme
communautaires et des gens de la base, et si nous empruntons une
voie différente. Le résultat en est une nette distinction
entre l’approche interculturelle telle qu’elle est pratiquée
au sein du cadre étatique et de la culture dominante, et
l’approche de la base aux niveaux local et international.
C’est ainsi que nous avons articulé une vision, une
théorie et des pratiques interculturelles que nous voulons
alternatives, à travers un ajustement continuel aux défis
de notre époque et un élargissement du sens de nos
recherches et de notre quête.
Caractéristiques des programmes
et de l’approche de l’IIM:
Disons-le, l’IIM s’est mis sciemment en position de
faire des propositions, non pas de faire une opposition figée
à l’approche institutionnelle ou de la société
dominante; il travaille à faire place à un point de
vue différent quant aux sociétés pluralistes
de par le monde, et à offrir une série des programmes
et services dans les domaines des relations interethniques, interculturelles,
interreligieuses et interraciales ainsi que des études interculturelles.
Il nous est impossible d’énumérer ici tous
les programmes que nous avons développés pendant les
quarante dernières années dans des domaines, des sujets
et des questions variés, en rapport avec le pluralisme et
l’interculturalisme.
De sa fondation en 1963 à ce jour, nos programmes ont parcouru
un long chemin parsemé d’innovations, depuis la socialisation
interculturelle des jeunes et des adultes issus de tous les chemins
de la vie et de diverses origines culturelles et religieuses, l’expérience
d’apprentissage culturel, de dialogue et de rencontres interculturels/interreligieux,
les débats interculturels sur des sujets sociaux du jour
; suivirent la communication interculturelle, la formation et l’éducation
en interculturel des professionnels et des acteurs sociaux des secteurs
institutionnel et communautaire, en passant également par
la mise sur pied d’un réseau international de réflexion
et d’action interculturelles dans les domaines du développement
international, des droits de l’homme et des mouvements sociaux
; enfin la réalisation des projets de recherche-action sur
des questions spécifiques concernant des groupes particuliers
au sein des communautés ethnoculturelles, tels que les jeunes,
les aînés, la famille, aussi bien que sur l’interculturalité
en action communautaire et ainsi de suite.
Notre méthode de travail se base fondamentalement sur une
interaction continuelle entre la réflexion et l’action
mutuellement stimulantes. Nous travaillons actuellement sur le développement
d’une méthode interculturelle qui soit basée
sur l’expérience, applicable à différents
domaines de réflexion et d’action et dialogique.
Voici quelques aspects de notre approche:
a) Des investigations ethnoculturelles et interculturelles dans
la réalité des groupes donnés, des communautés
et des sociétés, et dans la nature de leur interaction
et de leur co-existence;
b) Dialogue interdisciplinaire entre les disciplines des sciences
sociales, les savoirs propres aux communautés et les systèmes
de sagesse/savoir de différentes cultures;
c) L’équilibre dans les relations Nord-Sud dans le
domaine du savoir, en vue de sortir de la domination ou des nouvelles
théories crypto-colonialistes, le tout eu égard au
pluralisme et à l’interculturalité;
d) Efforts d’intégration de différents modes
de savoir et l’épistémologie.
En somme, la philosophie et les pratiques, les programmes et les
services de l’IIM se préoccupent des questions interculturelles
bien au-delà des rapports entre majorité et minorité
ou entre races, au-delà de la gestion de la diversité
et de la possibilité de l’équité. Nous
voulons travailler la diversité culturelle et l’interculturalité
au niveau de leur potentiel transformateur allant à la rencontre
des défis économiques, écologiques, politiques
et civilisationnels de notre époque moderne.
Aujourd’hui, nous mettons l’accent sur la recherche
des alternatives interculturelles de la base, pour faire face à
ces défis. Bien plus, il importe de retenir que notre travail
s’oriente essentiellement vers une éducation sociale/populaire
et vers le changement social plutôt que vers le développement
des politiques gouvernementales ou institutionnelles, tout cela
à travers un engagement au dialogue partout où cela
est possible avec le gouvernement et les institutions publiques.
La régénération des peuples de la base (société
civile) à travers un processus interculturel représente
l’un de nos principaux buts à atteindre.
Ses réalisations
Depuis 1965
• Création d’un programme de dialogue entre
francophones et anglophones au niveau national.
• Programmes de dialogue interreligieux; co-fondation des
sections montréalaise et canadienne de la Conférence
mondiale des religions pour la paix.
• Forums interculturels où diverses communautés
raciales, religieuses et culturelles viennent s’exprimer.
• Lancement d’un projet-pilote d’éducation
interculturelle des enfants de 5 à 12 ans.
Depuis 1972
• Programmes sur les peuples autochtones, ce qui impliquait
l’établissement de liens très étroits
avec les nations Mohawk, Montagnaise, Algonquine, Ojibway, Dènè
et Wabanaki.
• Défense et promotion des droits des cultures minoritaires,
tant sur le plan local qu’international; programmes de sensibilisation
à toutes les communautés culturelles, y compris les
communautés française et anglaise.
• Formation interculturelle de professeurs, de travailleurs
sociaux et de professionnels de la santé, d’agents
de développement international et de défenseurs des
droits de l’Homme.
Depuis 1983
• Établissement d’un réseau international
pour les alternatives culturelles au développement, RIACD
(1990);
• Action internationale, organisation de colloques :
Belgique : Approche interculturelle de la coopération internationale
(1983);
Québec : Vivre avec la terre. Perspectives du développement
durable : pratiques indigènes et alternatives (1992);
Inde : Savoir local et globalisation : dialogue interculturel (2000).
Depuis 1994
Projets de recherche réalisés:
- dans le domaine de la santé mentale et cultures ;
- sur les mouvements sociaux communautaires et le pluralisme religieux,
culturel et racial;
- sur les jeunes marginaux dans les communautés afro-antillaises
de Montréal;
- sur les conditions de vie des personnes âgées des
communautés ethnoculturelles.
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