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Père Jacques
Langlais c.s.c
1921 - 2008
Le 8 janvier à Montréal,
est décédé le Père Jacques Langlais,
de la Congrégation de Ste-Croix. Il a été le
fondateur, en 1963, du Centre Monchanin (devenu Institut Interculturel
de Montréal en 1990). Nous, le Conseil d’administration,
la Direction et les employés de l’Institut Interculturel
de Montréal, nous rendons hommage au Père Jacques
Langlais, qui a dédié toute sa vie au dialogue interreligieux
et interculturel. En tant qu’homme de paix tout au long de
sa vie il est resté fidèle à la devise qu’il
avait donnée au Centre Monchanin lors de sa fondation : «
L’heure est venue du festin des nations ».
Requiescat
in Pace
Jacques Langlais, in memoriam
Hommage à l’homme de tous les pluralismes qu’il
a été.
Jacques Langlais, le fondateur en 1963 du Centre Monchanin, qui
deviendra en 1990 l’Institut Interculturel de Montréal,
est décédé à la résidence Basile-Moreau
de la Congrégation Ste-Croix, à laquelle il appartenait.
Il nous a laissé dans son sommeil, sans faire de bruit, discrètement.
Même si son âge et son état de santé nous
laissaient présager son départ, celui-ci a laissé
un vide parmi ses amis et connaissances.
Nous présentons ici quatre textes en son hommage:
- L’historique de son parcours et
de ses multiples réalisations, tiré des obédiences
rédigées par la Congrégation de Ste-Croix.
- Le texte d’hommage rédigé
au nom de l’IIM par Robert Vachon, complice des premières
heures qui a été lu lors des funérailles
par le Dr. Carlo Sterlin, Président du CA de l’IIM
- Quelques notes sur l’implication
de Jacques Langlais à l’IIM à partir de 1970.
- Un extrait de l’homélie lue
lors des funérailles à la crypte de l’Oratoire
St-Joseph (Montréal) par le confrère Père
André Charron.
1. Les réalisations de Jacques Langlais
Entré au noviciat de Pointe-Claire le 15 août 1941,
il a prononcé ses premiers vœux le 16 août 1942,
ses vœux perpétuels et son vœu de mission le 16
août 1945. Il a été ordonné prêtre
le 2 février 1946 à Saint-Laurent par Mgr Joseph Charbonneau.
Il a été envoyé en mission aux endroits suivants:
1946-1947 Enseignement à Cap-Haïtien au Collège
Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours
1952-1962 Membre animateur d’Amitié Canada-Orient
1953-1969 Cofondateur et rédacteur de la revue Orient
1955-1956 Études à l’Institut d’ethnologie
et de sociologie religieuse. (Paris)
1957-1958 Études à l’Institute of Islamic Studies,
McGill
1958-1968 Membre du Dialogue Œcuménique de Montréal.
Collabore de 1964 à 1967 au comité de recherche du
Pavillon Chrétien, lors de l’Expo Universelle de 1967,
Terre des Hommes
1963 Fonde le Centre Monchanin (Institut Interculturel de Montréal)
1970-1972 M.A., McMaster University : concentration Inde et Chine
1971-1979 Membre secrétaire et président de Canadian
Society for the Study of Religion/Société canadienne
pour l’étude de la religion
1976 Ph.D., McMaster University, thèse sur les Jésuites
du Québec en Chine, (1918-1955) : leur perception des traditions
chinoises
1978-1995 Fonde les Amis du Centre Monchanin
1979 Avec Robert Vachon, depuis 1970 directeur du Centre Interculturel
Monchanin, publication de Qui est Québécois ?
1979-1992 Cofondateur et secrétaire de Médium,
sciences humaines
1980 Introduit à Montréal La Conférence Mondiale
des Religions pour la paix (CMRP)
1987 Fonde, avec David Rome et le Dr. Jack Lighstone de Concordia,
l’Institut québécois d’études sur
la culture juive
1989-1993 Membre du Conseil Canadien des Chrétiens et des
Juifs
1989-1998 Fonde avec le Dr. Hy Goldman, Pierre Anctil et Yolande
Cohen, un forum pour le rapprochement entre Québécois
de souches juive et française, le Dialogue Saint-Urbain
1993-1998 Membre pour l’Église catholique du Dialogue
judéo-chrétien de Montréal
1994-1997 Président national de la Conférence Mondiale
des Religions pour la Paix / World Conference on Religion and Peace
/ Canada
1997 Président d’honneur national de la CMRP / CANADA.
Participe à la conférence internationale des 24-26
novembre 1997, à La Havane, Cuba
1998 Fonde, avec le Conseil Québécois de la Paix,
les Éducateurs pour la Paix. Participe à l’organisation
de son premier congrès nord-américain à Montréal
les 21-23 août
2002 Nommé Membre de l’Ordre du Canada (C.M.)
2005 Nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec
(C.Q.)
Le père Langlais a publié plusieurs articles
et livres, entre autres :
Le Bouddha et les deux bouddhismes. (Fides, 1976)
Les Jésuites du Québec en Chine (1919 – 1955)
(Québec, P.U.L., 1979)
Juifs et Québécois français, 200 ans d’histoire
commune. Avec la collaboration de David Rome. (Fides, 1986)
Le Québec de demain et les communautés culturelles.
Avec la collaboration de Pierre Laplante et Yossi Levy. (Édition
du Méridien, 1990)
Jews and French Quebeckers, Two Hundred Years of Shared History.
Avec la collaboration de David Rome, traduction Barbara Young. (Waterloo,
Wilfrid Laurier University Press, 1991)
Les Pierres qui parlent / Stones That Speak. Avec la collaboration
de David Rome. (Septentrion, 1991)
Du Village au monde : à la rencontre des cultures.
(Ses mémoires) (Les Éditions Carte Blanche, 2000)
2. L’heure est venue du festin des nations.
Hommage de l’IIM.
Ce texte, rédigé par Robert Vachon, a été
lu par le Dr. Carlo Sterlin, Président du Conseil d’administration
de l’IIM, lors des funérailles de Jacques Langlais,
qui ont eu lieu le 14 janvier 2008 à la crypte de l’Oratoire
St-Joseph à Montréal.
Jacques Langlais, ce géant de l’interreligieux et de
l’nterculturel ne saurait être confiné à
son œuvre au Centre Monchanin et à l’Institut
Interculturel de Montréal dont il fut le fondateur et le
directeur de 1963 à 1970 et par la suite conseiller. Son
interculturalité et son interreligiosité dépassent
de beaucoup son œuvre accomplie à l’Institut.
Il allumait des feux de paix interreligieuse et interculturelle
un peu partout.
Me limitant ici à son œuvre à l’Institut
Interculturel de Montréal, qu’il a fondé en
1963 sous le nom de Centre Monchanin, sa devise était : «
L’heure est venue du festin des nations ».
Il favorisait un dialogue interpersonnel entre des gens de différentes
religions et cultures, basé sur les expériences de
chacun. L’approche se voulait complémentaire de l’académique.
Jacques croyait à en un Québec profondément
pluraliste, tout en étant profondément enraciné
dans sa culture, mais ouvert aux sagesses de l’humanité.
Il fut un pionnier, un être profondément altruiste
et généreux. Un être inspiré et libre.
Toute sa vie et son œuvre ont été marquées
par le triple sceau de la foi incarnée dans le monde, de
l’espérance qui lui permettait de ne pas défaillir
dans son travail et, surtout, de la charité par laquelle
il est resté toujours ouvert et accueillant auprès
de toute personne qui le sollicitait.
Soyons-lui fidèles et ouvrons ensemble comme lui des horizons
nouveaux. En proclamant vivement « l’heure est venue
du festins des nations », c’est-à-dire le pluralisme
québécois, Jacques et son esprit continueront alors
à vivre à travers nous ; la grâce de sa vie
continuera à nous inspirer et à nourrir la nôtre.
Ainsi, il ressuscitera à nos yeux et sera toujours présent
et vivant, éternel, au cœur de nos vies.
Jacques ! Ce sera aussi notre façon de continuer de te dire
toute notre gratitude.
Robert Vachon
Montréal, le 13 janvier 2008
3. Quelques notes sur l’implication de Jacques Langlais
à l’IIM à partir de 1970
Jacques Langlais, après avoir passé de sa propre initiative
la Direction du Centre Monchanin à Robert Vachon en 1970,
en est demeuré un des principaux conseillers et un des plus
fidèles collaborateurs, et cela à différents
niveaux. En effet, il a siégé au sein du Conseil d’administration
jusqu’en 1998, quand sa santé ne lui a plus permis
de le faire, tout en restant un proche conseiller.
Jusqu’en 1998 il a été co-directeur et rédacteur
adjoint de la revue InterCulture, en réalisant, parmi de
multiples tâches, un excellent travail de révision
et de traduction de textes pour l’édition en français.
Il a été son représentant et son ambassadeur
dans les nombreuses activités interculturelles interreligieuses
auxquelles il participait, à titre de délégué
par l’IIM ou à titre personnel.
Pour sa part, l’IIM l’a soutenu et a collaboré
avec lui dans différentes initiatives qu’il a mises
sur pied, notamment la Conférence mondiale des religions
pour la paix (1980), l’Autobus de la Paix (1991), Dialogues
St-Urbain (1993-1998), les Éducateurs pour la Paix (1998),
pour ne citer que les plus importantes.
Il faut aussi mentionner qu’en 1990, quand il a été
question du changement de nom du Centre Interculturel Monchanin
pour celui actuel d’Institut Interculturel de Montréal,
initiative toujours délicate pour tout organisme, nous avons
pu compter, non seulement sur l’accord sans réserve
de Jacques Langlais en tant que fondateur, mais aussi sur son entière
collaboration.
4. Extrait de l’homélie des funérailles
de Jacques Langlais c.s.c. (14 janvier 2008)
Nous présentons ici un extrait de l’homélie
prononcée par le père André Charron lors des
funérailles de Jacques Langlais.
(…) Il avait tout d’un homme charmant, cultivé,
conteur, humoriste, poète et musicien à ses heures.
Très fidèle à ses racines, il était
aussi ouvert aux trésors de sagesse de l’humanité.
Il restait libre par rapport aux conventions, aux sécurités
établies et aux contraintes institutionnelles. Un voyageur
en continuel déplacement, à plusieurs égards.
Un aventurier à l’affût des découvertes.
Les études, les lectures, les rencontres lui ont permis de
rester en constante évolution, ouvert sur le monde, sur les
êtres, les idées neuves, ouvert au différent
et à l’étranger.
Somme toute, il a été foncièrement un homme
d’Évangile par le témoignage de sa vie. Je n’ai
pas hésité à proposer l’Évangile
des béatitudes pour ses funérailles car je pense que
sa vie en a été une belle illustration.
- «Heureux les pauvres de cœur». Il l’a été,
pauvre de cœur, lui qui a choisi d’être simple,
humble, généreux, donné, sans prétention
et sans exigence en retour. Et il en a été heureux.
- «Heureux les doux.» D’une grande bonté,
jamais agressif, il a été d’une patience proverbiale,
avec un regard toujours positif sur les personnes.
- «Heureux ceux qui pleurent.» De santé fragile
et souffrant, il a su surmonter le découragement. Il a pratiqué
l’empathie et la compassion dans l’accompagnement et
le dépannage de combien d’individus en difficulté.
- «Heureux ceux qui ont soif de justice.» C’est
ce qui a motivé son respect des personnes, son attitude primordiale
d’écoute, sa défense de l’opprimé.
- «Heureux les miséricordieux.» Il ne fermait
jamais de portes. Il était prêt à excuser, relativiser,
comprendre et pardonner. Il en était heureux.
- «Heureux les cœurs purs.» Transparent, sans détour,
il était vrai. S’oubliant lui-même, il était
disposé à faire confiance, au risque de se faire exploiter.
Homme d’espérance et de lumière, il avait l’optimisme
de qui aime la vie.
- «Heureux les artisans de paix.» Il a été
un éducateur de la paix. Il a travaillé pour la paix
en faisant la promotion de la réconciliation et de l’amour
entre les gens, entre les groupes. Il a cultivé le dialogue,
l’entente, l’amitié. Il en a été
heureux.
- «Le Royaume des cieux» est à lui !
(Sur Matthieu 5, 1-12)
Le père Jacques Langlais a eu tout le temps qu’il faut
pour se préparer au rendez-vous du festin définitif.
En écrivant ses mémoires à l’aube de
l’an 2000, il a fait le bilan de sa vie. C’est cela
même – le résultat de sa vie, de ses gestes et
de ses œuvres – qui est porté au définitif
dans la mort. Et le définitif pour Dieu c’est le Royaume.
Par delà la dégénérescence physique,
la rupture d’avec les proches, la disparition corporelle,
cette vie est portée à son accomplissement, à
son plein, dans le Royaume de Dieu achevé. Écoutons
de nouveau ce qu’en dit l’Apocalypse :
«J’ai vu descendre d’auprès de Dieu la
cité sainte, la Jérusalem nouvelle […]
Voici la demeure de Dieu avec les hommes.
Dieu lui-même sera avec eux. […]
Voici que je fais toutes choses nouvelles, dit-il.
Je suis le commencement et la fin.
Je donnerai gratuitement à celui qui a soif l’eau de
la source de vie :
tel sera l’héritage réservé au vainqueur
;
Je serai son Dieu et il sera mon fils.»
(Apocalypse 21, 1-7)
André Charron c.s.c.
Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal
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